Sauver le rock… ok, mais de quoi?

Sauver le rock. Ha ha. Je m’esclaffe quand je vois un magazine qui présente un nouveau groupe comme étant le « sauveur du rock ». Je ris chaque fois que je lis ou j’entends quelqu’un déplorer le fait que le rock est sur le point de mourir, qu’il faut le sauver, bla bla. Ce discours est tellement usé qu’il n’a plus de sens. Après tout, les Ramones le proclamaient déjà en 1980, dans la pièce Do You Remember Rock N’Roll Radio? (de l’album End of the Century):

Do you remember lying in bed
With your covers pulled up over your head?
Radio playin’ so no one can see
We need change, we need it fast
Before rock’s just part of the past
‘Cause lately it all sounds the same to me
Oh oh oh oh, oh oh

Presque trente ans plus tard, on parle encore de sauver le rock. Le sauver de quoi, en fait? De son inéluctable évolution? Ridicule. Je ne comprends pas les gens qui souhaitent qu’une chose ne change jamais. Sans doute sont-ils du genre à ne manger que le pizza pepperoni-fromage et qu’ils sont effrayés à l’idée d’en essayer une autre sorte, parce qu’ils pourraient ne pas aimer ça. Avec une telle attitude, le rock progressif, le kraut rock, le punk rock, le rock gothique et autres ne seraient jamais nés. Aujourd’hui peu de gens vont contester la légitimité de ces genres, à part quelques réactionnaires nostalgiques.

Le rock évolue parce que les musiciens qui en jouent évoluent eux aussi. Ils incorporent de nouvelles influences à leur art, ils ont accès à des moyens technologiques de plus en plus perfectionnés et les utilisent, etc. Bref, la palette de ressources disponibles grandit et offre des possibilités qui n’existaient pas auparavant. Les musiciens ne font qu’en profiter et bien franchement, ils seraient stupides de s’en priver.

Le rock évolue donc, fort heureusement, car le conservatisme mène à la stagnation. Peut-être certaines personnes considèrent qu’une scène musicale qui ne se contente que de répéter ad nauseam les riffs qui l’ont rendu célèbre est saine. Pas moi. Les musiciens doivent repousser les limites de leur style. Évidemment, ils n’éprouvent pas le même intérêt à le faire, et c’est parfait ainsi. Il faut toutes sortes de groupes pour constituer une scène. C’est pourquoi le rock n’a jamais été aussi riche qu’aujourd’hui: riche de son passé qui vit encore grâce à plein de musiciens heureux de recréer des styles propres à certaines époques, et riche de son avenir, grâce à des groupes désireux d’explorer de nouvelles sonorités. Entre les deux se trouve tout le spectre de la musique rock. Alors comment le rock peut-il être sur le point de mourir, s’il n’a jamais été aussi vivant?

En fait, ce n’est pas le rock qui devient moins bon, qui perd son essence; il se transforme, comme un être humain. À 15 ans, on est une certaine personne; à 35 ans, on est la continuité de ce qu’on était; à 70, on est l’aboutissement de tout ce qu’on a été. Ce ne sont pourtant pas trois êtres différents, mais une seule et même personne à différents moments de son existence. C’est la même chose pour la musique. C’est juste qu’on accrochera à une période plus qu’à une autre, et ce, pour des raisons très variées.

D’où vient le problème, alors? Je dirais plutôt que c’est un changement dans la capacité des gens à s’émerveiller devant un style. À force de connaître beaucoup de groupes, beaucoup de musique, ils deviennent de plus en plus blasés. Ils ont l’impression que plus rien ne parvient à les exciter autant que les groupes de leur jeunesse. En effet, l’ivresse de découvrir une musique à 14 ans constitue une sensation très vive, très marquante. On s’en rappelle toujours avec tendresse. Pour moi, ce fut AC/DC. Pour d’autres, ce fut Bauhaus. Et pour d’autres, ce fut Nirvana ou The White Stripes. Pourtant, rien nous empêche de continuer d’aimer ces groupes tout au long de nos vies, tout comme rien ne nous empêche d’en découvrir de nouveaux et de les apprécier avec le même enthousiasme. Ceux et celles qui s’ennuient d’un certain son n’ont qu’à écouter les albums de cette période, les chérir et leur accorder leur admiration. Après tout, il est futile de reprocher aux musiciens de ne plus porter le flambeau de ce qu’on croit être la meilleure musique. Et pourquoi devraient-ils le faire? Au nom de la « pureté »? Mais vous savez quoi, chers eugénistes musicaux? La pureté, ce n’est bon que pour les savons.

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