Classique oublié: Human Remains – « Using Sickness As A Hero »

En 1996, le death métal stagnait. Plusieurs groupes phares du genre continuaient quand même de lancer des albums (ex. Cannibal Corpse), mais le death métal traditionnel avait atteint son point de saturation depuis déjà un bon moment. Le death métal mélodique parvenait alors à son apogée. La seconde vague de black métal prenait une ampleur insoupçonnée et débordait des confins de l’underground. The Dillinger Escape Plan n’avait pas encore traumatisé l’underground avec ses bombes de « mathcore ». C’est dans ce contexte qu’est apparu le mini-album Using Sickness As A Hero, de Human Remains.

Écoutez Human Remains, c’est comme se trouver dans un train filant à vive allure, dont les freins ne fonctionnent plus, quelques secondes avant une collision avec un autre train. On sait que ça va faire mal et on attend le terrible choc, résigné. Et ces quelques secondes de tension sont insoutenables. Et délicieuses, aussi.

Le son Human Remains? Des riffs bizarres, nouveaux. Des structures totalement éclatées. Un chanteur à la voix puissante, criée plus que grognée. Des guitaristes créatifs, aventureux. Un bassiste solide, qui assure la cohérence entre les parties. Un batteur inhumain. Des pièces mariant des sections ultrarapides à des moments plus lents, plus rythmés. Une musique innovatrice.

Ma pièce préférée est Weeding Out The Thorns: un monument de death/grind expérimental. Le batteur Dave Witte (maintenant dans Municipal Waste) y joue des parties impossibles, surtout vers la barre des deux minutes. Une explosion de rage aveugle qui éclabousse tout sur son passage. À vrai dire, presque toutes les pièces possèdent une personnalité propre. Seule la dernière Beyond Human Perception fait exception: il s’agit d’un morceau de silence de 39 secondes… peut-être est-il vraiment au-delà de toute perception humaine.

Ceci dit, un vernis de crust enduit la musique par moments (ex. Waste Of Time). Quelques passages dégagent tellement de furie qu’il peut être difficile de résister à l’envie de tout saccager autour de soi (ex. Weeding Out The Thorns). D’autres donnent envie de partir un thrash pesant, lent et violent (ex. Chewed Up And Spit Out, Swollen). Certains révèlent une tel penchant pour l’expérimentation qu’on ne peut que rester bouche bée devant l’étrangeté des propositions des musiciens (ex. Human et Rote). Ce penchant, si louable soit-il au plan de l’intégrité, a privé le groupe d’une reconnaissance pourtant méritée. Ce disque n’a pas connu de succès, car il était trop en avance sur son temps. Tout comme Obscura (1998), de Gorguts. Mais alors qu’Obscura incarne le chaos structuré, Using Sickness As A Hero représente le chaos déchaîné.

Le principal problème avec Using Sickness As A Hero est sa brièveté: sept pièces pour seulement 16 minutes 57 secondes. Elles durent entre 39 secondes (Beyond Human Perception) et 3:33 (Swollen). Bien sûr, c’est un mini-album et bien sûr, c’est toujours mieux quand un disque nous laisse sur notre appétit; mais dans ce cas-ci, vraiment, deux ou trois pièces de plus auraient grandement bonifié le tout. Toutefois, pour les insatiables, Relapse Records a lancé une compilation double intitulée Where Were You When (2002), qui regroupe la discographie complète de cette formation culte de death/grind/expérimental du New Jersey.

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