Sur le radar: Alcest, « Souvenirs d’un autre monde »

Le shoegazer rock devient une influence de plus en plus majeure dans le métal, en particulier sur le black et le doom. Tant mieux. Les deux genres ont souvent bien des choses en commun. La mélancolie. L’accent mis sur la création d’ambiance. La répétition comme technique de composition. Tous des éléments qui caractérisent l’hybride Souvenirs d’un autre monde (2007), de l’entité française Alcest.

Quand on parle de shoegazer rock, on mentionne systématiquement My Bloody Valentine. Légitime, il est le pionnier du style. Toutefois, aussi étonnant que cela puisse paraître, l’auteur-compositeur-interprète Neige ne connaissait pas le shoegazer rock avant de créer Souvenirs d’un autre monde. Selon le fondateur de Profound Lore Records (la compagnie nord-américaine d’Alcest), Chris Bruni,

« Actually none of the shoegazing stuff had any influence on him when he made the album. […] It wasn’t after [Souvenirs d’un autre monde] was done that a friend of his showed him bands like My Bloody Valentine and Slowdive, and told Neige that these were the bands everyone was comparing Alcest to. » (Exclaim, August 2008, p. 22)

Quelle coïncidence, alors. Personnellement, je trouve qu’Alcest a plus de points en commun avec le divin Slowdive et son remarquable Just For a Day (1992) que My Bloody Valentine. Par contre, sans être férocement métal, Alcest possède un mordant que n’ont pas ces groupes.

Souvenirs d’un autre monde offre seulement six pièces, pour 41 minutes 20 secondes. Soit juste assez de substance pour plaire aux mélomanes, tout en les laissant un peu sur leur faim. Une stratégie toujours gagnante. Les durées des pièces varient de 6 minutes 9 secondes à 7 minutes 41secondes. Chacune prend donc le temps de se développer, d’installer les ambiances. Certaines, comme Souvenirs d’un autre monde et Les iris, se révèlent plus mélancoliques, alors que d’autres, comme Ciel errant et Tir Nan Og dévoilent une félicité onirique. Printemps émeraude et Sur l’autre rive je t’attendrai (avec une participation vocale d’Audrey Sylvain) dégagent même une impression de colère retenue, d’amertume. Les chansons se succèdent sans heurt, avec la fluidité d’un cours d’eau perdu au milieu d’une forêt dense. Une bulle se crée et enveloppe l’auditeur. Antithèse d’un album de party, Souvenirs d’un autre monde propose une expérience introspective. Une trame sonore pour un jour pluvieux de novembre.

Neige chante parfois en français, parfois dans une langue inventée. Sa voix montre un côté angélique (ce qui doit choquer les plus conservateurs des black métals… ha ha!), qui accentue la béatitude exprimée par la musique. Les paroles françaises racontent des poèmes où le passé, l’amertume, la quête de la paix intérieure forment les thèmes centraux. Le nom de Satan n’est pas mentionné une seule fois, Dieu merci. En outre, l’élégante pochette souligne les thèmes des paroles, avec de nombreuses photos de forêts et de cours d’eau, dans divers tons de vert.

Cet album ne laisse personne indifférent: certains le détestent jusqu’à en vomir leurs entrailles, alors que d’autres y entendent une beauté infinie. J’appartiens à la deuxième catégorie. J’avoue ne pas connaître les parutions précédentes de Neige (le démo Tristesse hivernale, en 2001 et le mini-album Le secret; en 2005), mais apparemment, son évolution vers une musique plus éthérée constitue un sacrilège pour une certaine frange de l’auditoire black métal. Quelle ironie qu’un style comme le black métal, qui prétend être un lieu où les libres penseurs peuvent se réaliser pleinement, soit parfois tellement réactionnaire, rigide et sectaire. Certains amateurs ridiculiseront Neige, mais à mes yeux, il affiche plus de courage que tous ses détracteurs réunis, cette bande de moutons obsédés par l’idée d’être « kvlt » à tout prix. Pourquoi perdre son temps à être « kvlt » quand on peut être soi-même? Qu’ils aillent au diable, ces imbéciles. Ah puis non, ils aimeraient trop ça.

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