Plaisir coupable: Bad Religion – « New Maps Of Hell » (2007)

Quel est le meilleur album de Bad Religion? Avant de répondre, je dois préciser deux choses: d’abord, Bad Religion est un de mes groupes préférés. J’en écoute régulièrement depuis plus de dix-sept ans et j’éprouve toujours la même passion envers sa musique. Ensuite, chacune des créations des punk rockers californiens possède sa propre personnalité, chacune peut devenir la trame sonore de la période de notre vie durant laquelle on l’écoute. Ainsi, je me souviens d’avoir écouté Generator (1992) en 1992 chez Philippe; Stranger Than Fiction (1994) quand je me baignais chez Jimmy, en 1994; No Substance (1998) sur la Grand-Place à Bruxelles, en 1998; The Process Of Belief (2002) quand je marchais vers le studio de CFAK à l’Université de Sherbrooke pour y faire mon émission de radio, en 2003; The Empire Strikes First (2004) aux alentours de la Saint-Jean en 2006; New Maps Of Hell (2007) lorsque j’ai déménagé à Montréal en 2007. D’ailleurs, New Maps Of Hell est le seul album, tous styles confondus, que j’ai acheté le jour même de sa sortie. J’ai ensuite été le découvrir sur une terrasse de la rue Saint-Denis, bière à la main, par une splendide journée de juillet. Et je l’ai aussitôt aimé. Vous voyez ce que je veux dire? Une trame sonore.

Maintenant, pourquoi je considère New Maps Of Hell (2007) comme  le magnum opus du groupe, et non Suffer (1988 ), No Control (1989), Against The Grain (1990), Generator ou Recipe For Hate (1993)? Parce qu’il s’agit de son album synthèse.

Tous les amateurs de Bad Religion devraient trouver leur compte sur New Maps Of Hell, le quatorzième (!) disque de la formation, car ses seize pièces résument l’ensemble de sa carrière: 52 Seconds aurait été à sa place sur Suffer; Heroes And Martyrs évoque No Control; Scrutiny fait écho à Generator; Submission Complete rappelle Recipe For Hate; New Dark Ages s’inscrit dans la veine de Stranger Than Fiction (1994); Lost Pilgrim fait penser à The Gray Race (1996); Before You Die aurait été une des meilleures de No Substance (1998 ); The Grand Delusion poursuit dans le style plus récent développé sur The Empire Strikes First, pour ne nommer que celles-là. Elles ne copient toutefois pas des chansons déjà composées; plutôt, elles reprennent l’esprit propre à celles-ci et l’actualisent, enrichissant alors l’album d’une atmosphère à la fois familière et nouvelle. En même temps, comme chaque œuvre du sextuor, New Maps Of Hell présente une évolution. Honest Goodbye et Prodigal Son le démontrent bien, avec leurs refrains atypiques, mais tous deux remarquables. Et ce seront deux incontournables en spectacle.

De plus, New Maps Of Hell étonne par ses trente-neuf minutes de constante qualité. L’expérience des musiciens transparaît plus que jamais dans les constructions matures, maîtrisées qu’ils livrent aujourd’hui. Leur savoir-faire enrobe chaque note. Certains disques de Bad Religion souffrent d’inégalité, au plan de la qualité, avec quelques bijoux perdus entre des morceaux ordinaires, comme No Substance. Or New Maps Of Hell s’écoute d’un seul trait, sans qu’on ait envie de sauter une seule pièce. Chacune arbore au moins un élément accrocheur, soit un refrain, une mélodie, un riff, un solo, une parole, et chacune affiche son  individualité. Et cette individualité se voit renforcée par l’ordre judicieux dans lequel les compositions sont placées; cet ordre offre ainsi une expérience tout en montagnes et en vallées. Mes préférées? Prodigal Son, Honest Goodbye, Lost Pilgrim, Fields Of Mars, New Dark Ages et Heroes And Martyrs.

Sans être un chanteur exceptionnel, Greg Graffin possède une voix parfaite pour ce style. Il sait en utiliser le plein potentiel, en créant des mélodies irrésistibles qui s’incrustent à jamais dans la mémoire, comme le prouvent les pièces mentionnées ci-haut (Prodigal Son, en particulier). Les refrains de Bad Religion représentent la quintessence des refrains punk rock: personnalisés, efficaces et explosifs. Mieux encore, les chœurs complètent la musique à merveille  (sur Honest Goodbye, par exemple). Cette combinaison de voix ajoute une telle richesse aux compositions, elle distingue Bad Religion des légions de punk rockers quelconques. En spectacle, quand des milliers de personnes unissent leurs voix pour chanter ces refrains, ils deviennent transcendants.

En outre, les paroles de New Maps Of Hell, écrites par le chanteur Greg Graffin ou le guitariste Brett Gurewitz, continuent d’épater, dans la plus pure tradition Bad Religion-esque. Intellectuels, mais pas vaniteux, les deux paroliers questionnent beaucoup de choses, ils critiquent la politique, la religion, la société, les rapports humains, mais sans prétendre détenir la vérité. Ils se contentent de soulever les questions et laisser les gens trouver leurs propres réponses. Ils n’ont jamais oublié que, quand on pointe du doigt, trois doigts sont pointés vers nous. Essayez, vous verrez. Cette attitude se démarque de celle de beaucoup de groupes hardcore/punk, qui préfèrent dire aux autres quoi penser une minute et prôner l’indépendance d’esprit et la pensée critique la suivante. Cette contradiction du mouvement hardcore/punk m’a toujours profondément agacé; ça et les groupes straight-edge qui pensent que consommer de l’alcool ou de la drogue est totalement incompatible avec une vie productive et bien remplie. Mais je digresse.

Qu’est-ce que les amateurs de métal peuvent bien aimer dans la musique de Bad Religion? L’intelligence. L’urgence. L’intensité. L’authenticité. Le sens de la mélodie. Si un amateur de métal peut apprécier des sonorités plus mélodiques, s’il a l’esprit ouvert, il pourra certainement trouver un intérêt dans la discographie de Bad Religion. Enfin, aspect non négligeable, la musique de ces vétérans s’avère idéale pour les longues balades estivales en voiture, les fenêtres ouvertes et le volume dans le tapis.

New Maps Of Hell constitue non seulement le sommet de la lancée des années 2000 de Bad Religion, amorcée avec l’inspiré The Process Of Belief, mais aussi son meilleur album. Hérésie? Non. Si certains disques, comme Suffer, No Control et Generator, sont considérés à juste titre comme des classiques, ils demeurent néanmoins plus homogènes dans leur style. New Maps Of Hell met à l’avant-plan des musiciens mûrs, qui puisent dans leur passé pour pondre une œuvre variée et tournée vers l’avenir. Un excellent point de départ  pour ceux qui veulent découvrir le groupe, mais aussi un nouveau chapitre indispensable pour les amateurs de longue date. Près de trente ans après sa fondation, Bad Religion continue de mener, et non de suivre.

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Une Réponse to “Plaisir coupable: Bad Religion – « New Maps Of Hell » (2007)”

  1. […] Hate (1993), un des albums les plus atypiques de la formation. Le successeur de l’excellent New Maps of Hell (2007) devrait paraître cet automne, juste à temps pour souligner le trentième anniversaire des […]

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