Le mythe du « si c’est underground, c’est meilleur »

L’underground. L’Eldorado de la musique pour plusieurs, un territoire sans intérêt pour d’autres. Pour ma part, j’adore l’underground. J’y suis immergé depuis maintenant vingt ans et je ne me lasse pas de l’explorer pour en dénicher les trésors. Que de superbes démos et albums découverts au fil des ans. Mes chroniques Démolicieux et Vinylophile en présentent quelques-uns. Toutefois, quand je lis certaines entrevues avec des musiciens, je constate que bien des personnes s’imaginent que l’underground demeure le seul lieu où la musique possède une quelconque valeur. Pour elles, tout ce qui touche le grand public rime forcément avec médiocrité. Comme si seul l’underground détenait le monopole de la qualité. C’est faux. On y trouve autant le meilleur que le pire. Au cours des années, j’ai acheté beaucoup de démos ou d’albums underground et je le confirme: cet univers contient une quantité phénoménale de merde. Comme les trop nombreux clones de Cannibal Corpse. Entre vous et moi, quelqu’un ressent-il vraiment l’envie aujourd’hui d’entendre quatre gars qui pensent que copier les riffs de Tomb of the Mutilated (1992) représente une approche digne d’intérêt? Peut-être sont-ils d’authentiques mordus du quintuor étatsunien, mais cette passion ne se convertit pas nécessairement en bonne musique.

Ceci dit, souvent, le meilleur se met à gravir les échelons vers un plus large auditoire, par choix des musiciens ou par la force des choses. Par exemple, un groupe comme The Dillinger Escape Plan a pris l’underground d’assaut avec un son frais, qui a provoqué une vive réaction en chaîne dans le milieu. Puis, ce son est parvenu à s’immiscer dans le paysage musical grand public du moment et le groupe est devenu un incontournable. Je conçois mal aujourd’hui comment The Dillinger Escape Plan aurait pu vivoter dans l’ombre, avec une démarche artistique aussi révolutionnaire et riche. Même chose pour Isis.

Évidemment, le succès populaire ne constitue pas un sceau de qualité en soi, au même titre que la reconnaissance de l’underground n’en est pas un. Ainsi, In Flames, autrefois un de mes groupes préférés, ne m’attire plus depuis Clayman (2000). Pas parce qu’il a alors connu du succès, mais bien parce que sa musique a cessé de m’inspirer. J’étais auparavant impressionné par sa manière d’équilibrer agressivité et mélodie et je crois qu’il a perdu cet équilibre sur ce disque. De même, je ne comprends toujours pas pourquoi on parle de Goreaphobia comme d’un groupe essentiel: il n’a lancé que deux démos (Morbidious Pathology, 1990; Promo 1994, 1994) et un simple (Omen of Masochism, 1991) entre 1990 et 1994, alors qu’au même moment, des dizaines de groupes de death métal pondaient des tonnes d’albums tous plus classiques les uns que les autres.

L’underground est un monde complexe, aux multiples niveaux. Oui, il compte quantité d’excellentes formations qui produisent une musique de très haut calibre. Mais il regorge aussi de légions de musiciens qui, malgré leur ambition, malgré leurs efforts, n’apportent rien d’intéressant au métal. Et entre ces deux pôles grouillent une énorme masse d’artistes au talent et aux buts variés. De conclure que parce qu’un groupe baigne dans l’underground il dispose d’une supériorité intrinsèque sur un autre groupe évoluant dans les cercles plus populaires constitue une erreur de jugement, car cette vision réductrice fausse la réalité.

Enfin, je me demande parfois pourquoi certains groupes préfèrent rester dans l’underground. Voici quelques réponses possibles:

– parfois, si un groupe reste underground, c’est qu’il est simplement mauvais;

– parfois, si un groupe reste underground, c’est qu’il est trop en avance sur son temps et qu’il ne parvient pas à rejoindre les gens;

– parfois, si un groupe reste underground, c’est qu’il pratique un style qui n’a pas ou n’a plus la cote auprès des amateurs;

– parfois, si un groupe reste underground, c’est que ses membres n’ont pas su faire une bonne promotion de leur musique;

– parfois, si un groupe reste underground, c’est qu’il le veut bien.

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