Sur le radar: Acrassicauda – « Only the Dead See the End of the War »

Autrefois considéré comme le seul groupe métal irakien (des groupes comme Brutal Impact, Dog Faced Corpse et le projet solo de black métal Janaza ont pris la relève depuis. À noter que Janaza est l’œuvre d’une femme. Dans un pays arabe. Ça, c’est ce que j’appelle défier les conventions), Acrassicauda a lancé le 9 mars dernier son premier mini-album, Only the Dead See the End of the War (2010), qui présente quatre pièces de thrash métal avec un son moderne et un soupçon de mélodie. Les musiciens parviennent à démontrer leur talent durant les 20 minutes 49 secondes du disque, en particulier le guitariste Tony Yaqoo, qui y va de quelques solos inspirés (comme dans Message from Baghdad et The Unknown). Leur passion et leur plaisir de jouer explosent à chaque instant, comme s’ils n’avaient pu s’exprimer pendant trop longtemps (ce qui est peut-être vrai). Cette voracité sert bien la musique, qui gagne ainsi une dose appréciable d’intensité. En outre, le vocaliste et guitariste Faisal Talal Mustafa possède une voix dont certains tons rappellent un croisement entre Eli Brown (Blood Farmers) et Burton C. Bell (Fear Factory).

De plus, les structures des quatre pièces démontrent que le quatuor connaît son lexique métal, car elles incorporent une bonne variété de riffs, de rythmes et d’ambiances. Cette variété permet à Only the Dead See the End of the War d’accrocher l’auditeur et de conserver son intérêt. Les pièces durent entre 4 minutes 2 secondes (Message From Baghdad) et 6 minutes 10 secondes (The Unknown), ce qui dénote l’ouverture des musiciens à laisser chacune d’elle développer son plein potentiel. Toutefois, j’aimerais les voir injecter davantage d’influences des différentes musiques issues du monde arabe dans leur démarche. Acrassicauda a effleuré cette possibilité vers la fin de Garden of Stones, à travers la présence de quelques mélodies, percussions et riffs puisés dans ces musiques, et sur Massacre, à travers quelques paroles en arabe (je présume; à moins qu’elles ne soient en kurde). Ce genre de fusion me semble promis à un bel avenir, car la région compte un nombre important de musiques locales, méconnues hors de leurs frontières, dont les sonorités pourraient très bien s’intégrer au métal. En se positionnant en première ligne de cette tendance, le groupe pourrait non seulement affirmer sa personnalité avec plus de conviction et de créativité, mais il pourrait aussi devenir le fer de lance de ce mouvement.

Comme bien des groupes thrash, Acrassicauda aborde des thèmes tels que la guerre, la haine et l’impact de la religion sur la société. Mais contrairement à presque tous leurs confrères et consœurs métal, Mustafa, Yaqoo, Firas Abdul Razaq (bassiste) et Marwan Hussein (batteur) parlent en connaissance de cause. Ils ont vécu la guerre, ils ont subi la dictature. Les mots choisis ne paraissent peut-être pas originaux, au strict plan poétique, mais lorsque Mustafa hurle des phrases comme « They stole my land/They stole my home » (Massacre), ils portent une telle authenticité qu’ils acquièrent une puissance à faire rêver presque tous les paroliers métal. Slayer peut bien discourir sur les horreurs de la guerre, sans trop savoir ce qu’elle peut avoir comme conséquences sur le quotidien; or, à cause d’elle, les membres d’Acrassicauda ont dû fuir Bagdad. Ils ont d’abord été en Syrie, puis en Turquie, avant d’obtenir le statut de réfugiés aux États-Unis en 2009. La pochette de leur mini-album (un paysage sombre et dévasté par la guerre) et la mention suivante à l’intérieur de celle-ci (« The album is dedicated to « Our Homeland and our beloved city, Baghdad. » ») prennent donc un sens percutant. Une histoire comme le métal en a rarement connue. Pour les plus curieux d’entre vous, le documentaire Heavy Metal in Baghdad (2007) en raconte une partie.

Only the Dead See the End of the War devrait attirer l’attention internationale sur la formation irakienne, non seulement pour sa qualité, mais aussi parce qu’il a été produit par Alex Skolnick, guitariste de Testament. Je suppose qu’Acrassicauda prépare en ce moment son premier album. Bien que sa musique doit encore être travaillée pour qu’il devienne une référence dans son style, le groupe a posé des fondations solides. Il lui faut maintenant ériger le reste de l’édifice. Et si on se fie à une pièce comme Garden of Stones, cet édifice sera certainement solide. Solide comme du métal.

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