Démolicieux: Tenebrae – « Serenades Of The Damned »

Du black métal québécois datant de 1994? Que oui! Tenebrae lançait alors sa démo en cassette audio Serenades Of The Damned, qui compte sept pièces. Le côté A débute avec un déferlement de blast beats, de guitares agressives et de voix stridentes. On comprend que les musiciens veulent ainsi montrer leurs couleurs dès le départ: annihilation sonore au nom de Satan. La stratégie est louable, mais lorsque ce déferlement ne commence à s’estomper qu’à la troisième pièce, on se retrouve avec une impression de similitude qui nuit à l’affirmation de la personnalité du groupe. Les trois premières pièces ressemblent plutôt à un seul long morceau, tant les différentes sections sont indistinctes. Dommage. Le côté B s’en tire beaucoup mieux, avec trois compositions plus réussies, plus nuancées, dont Mourning In The Woods, la meilleure de la démo.

Le côté A est souvent perçu comme le côté le plus fort, sur une cassette ou un vinyle. Pas ici. C’est un avantage ou un inconvénient, selon le point de vue: c’est un avantage si on considère que la démo termine ainsi en force; un inconvénient si on pense que son début est plus faible et ne donne pas le goût d’en entendre plus. Pour ma part, je préfère quand les pièces sont mieux réparties: une forte au début, une au milieu et une à la fin. Sur ce point, Serenades Of The Damned manque son coup.

Les paroles et titres sont, avec du recul, très stéréotypés. Oui, en 1994, des titres comme Under His Horns I Slept avaient encore un impact. Mais aujourd’hui, ils paraissent plus usés que le poncho de Clint Eastwood. De plus, les paroles sont parfois beaucoup trop longues, en particulier Crimson Dusk. Près de deux pages à l’intérieur d’une pochette pour dire qu’on aime Satan, c’est énorme. En outre, la démo contient la mention « Dedicated to the Black Metal scene and all the fans worldwide ». L’allégeance est certes indéniable, mais le résultat est un peu lassant. Mais bon, ce n’est pas si grave, puisque l’enfer est pavé de bonnes intention.

Enregistrée lors d’une pratique de Tenebrae, Serenades Of The Damned bénéficie d’un son très organique, elle possède le charme de cette période. C’est difficile à décrire, à vrai dire, mais il y avait alors une exubérance qui caractérisait bien des groupes, exubérance que je ne sens plus chez les musiciens d’aujourd’hui. Nostalgie de ma part? Je ne crois pas. Tout est dans la production, dans l’esthétique, et une oreille expérimentée peut identifier l’époque d’une musique par ce genre de critère.

C’est dommage que le sextuor montréalais n’ait pas persévéré, car le death métal tombait en disgrâce à ce moment-là et la scène black métal nord-américaine était plutôt embryonnaire, avec seulement quelques groupes, comme Abazagorath, Absu, Judas Iscariot, Order From Chaos et Thornspawn. Tenebrae aurait donc très bien pu devenir un pionnier du style sur le continent, comme le prouve le potentiel de la pièce Mourning in the Woods. Malgré ce rendez-vous manqué et malgré ses défauts, Serenades of the Damned constitue un document historique intéressant.

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